Portrait de petite #16 - Michiyo Deruelles
Aujourd'hui, je vous présente Michiyo Deruelles, une petite d'1m62, designer et créatrice de la marque de joaillerie Maison Mouche. Découvrez avec nous son univers passionnant et unique !

Le bijou est pour moi un magnifique prétexte à créer et transformer des figures graphiques en 2 dimensions, en des pièces architecturales à l'échelle du corps. C’est porter sur soi des dessins qui ont changé de dimension. J’adore cette idée.

Bonjour Michiyo, peux-tu commencer par te présenter s'il te plait ? 

Je suis Michiyo, je suis Franco-japonaise, j’ai 45 ans et 2 garçons de 10 et 5 ans. Je suis designer et j’ai créé ma marque de bijoux Maison Mouche en Juin 2021. Je mesure 1,62m, je suis une "grande petite".

 

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Mon parcours est très varié, j’ai fait des études d’architecture intérieure aux Arts Appliqués, j’ai travaillé dans le dessin animé et la post-production audiovisuelle en freelance pendant 6 ou 7 ans, puis j’ai travaillé ensuite longtemps au sein d’une grande maison de bijoux haute-fantaisie. J’y ai commencé en tant que designer bijoux, par un grand hasard, je ne me destinais pas du tout à cela. Ça m’a passionnée, j’ai appris beaucoup de choses, rencontré des gens très différents, des métiers différents, une structure énorme qui fonctionne de concert autour d’un même projet. Puis on m’a confié la direction d’un des studios de designers, nous étions 4, on créait 150 modèles par saison, il y avait une entente et une ambiance comme il y en a peu dans des équipes créatives de grande marque. J’ai adoré. 

Enfin, je suis passée au bureau de style interne. Là, en collaboration avec la directrice artistique, je m’occupais de définir les grandes thématiques d’inspiration de chaque saison, les orientations couleurs, les concepts qu’on allait proposer aux designers de développer. C’était aussi très créatif.

 

Pourquoi avoir choisi la voie de l'entreprenariat ? 

C’est un concours de circonstances. J’ai quitté mon travail à un moment où, comme beaucoup de gens, je sentais que je n’apprenais plus rien, c’était la fin d’un cycle. 

J’ai d’abord recherché du travail mais ça s’est avéré difficile. Je me suis un peu laissée porter, j’ai profité de mes enfants, et j’ai pris conscience que je ne voulais pas rentrer dans des schémas que j’avais connus pendant plus de 12 ans, que je voulais m’écouter un peu plus. Lancer ma marque m’a semblé un beau défi, j’avais du temps, un peu d’argent, j’ai un peu combattu le syndrome de l’imposture évidemment (ha ha), j’avais des idées de bijoux que je voulais voir se réaliser. 

 

Peux-tu nous parler de ta marque de bijoux ? Pourquoi avoir choisi le secteur de la joaillerie ? 

Le choix du secteur de la joaillerie est à nouveau un concours de circonstances, enfin c’est un cheminement étrange, j’y suis arrivée en premier lieu par le biais de connaissances, et il s’est avéré que c’était finalement à la fois de l’architecture et de la narration, c’est-à-dire ce qui avait précédé dans ma vie. 

Quant à Maison Mouche, j’ai poursuivi dans le bijou car c’est ce que j’ai fait le plus longtemps dans ma vie, le bijou est pour moi un magnifique prétexte à créer et transformer des figures graphiques en 2 dimensions, en des pièces architecturales à l'échelle du corps. C’est porter sur soi des dessins qui ont changé de dimension. J’adore cette idée. Mais je crois qu’au fond, je pourrais créer d’autres choses, sur d’autres supports.

 

Pourquoi Maison Mouche ? Qu’est-ce que cela signifie ? 

Mouche c’est le surnom que me donne une très bonne amie. Et puis ça fait aussi référence à la mouche des XVIIè et XVIIIè siècles qui, astucieusement placée sur le visage, révèle un détail de la beauté. Et je dois avouer que c’est un nom qui interpelle et se retient, c’est même assez inattendu pour le milieu de la joaillerie, j’aime assez les choses décalées.

 

Quelles sont tes inspirations au quotidien ?

C’est assez difficile à expliquer, beaucoup de choses sont inspirantes.

L'architecture, évidemment, les formes très structurelles et mathématiques, l’exactitude des choses. Cet attrait me vient de mon père, il était ingénieur en charpente métallique et lorsqu'il me parlait de la beauté de quelque chose, il parlait de ponts, d’arches, de prouesses techniques, de force et de mécanique parfaite. En tous cas quelque chose de bluffant, dans sa forme et dans l’effet produit sur nous. La beauté réside donc en partie dans ces choses pour moi aussi.

Certains aspects du Japon m’inspirent aussi beaucoup. La sobriété, le dénuement, voire l’effacement des choses. J’aime l’humilité des volumes, des matières, de leur traitement. Au Japon, le vide modèle l’espace, l’ombre crée la lumière. Ce sont des notions que j’introduis instinctivement dans mon travail. 

Mais il y a des choses plus diffuses qui m’inspirent aussi, la musique par exemple. Ça me transporte très loin, je ressens des ambiances qui me mettent en "état créatif". Je vois des mouvements, des formes, des styles, qui accompagnent cette musique, un peu comme un clip. Le cinéma me fait un peu le même effet, je suis assez cinéphile, je regarde beaucoup de films. Et l’atmosphère, la couleur, la lumière d’un film peut m’inspirer au-delà de la création d’un objet, je vois la personne, son caractère, ce qu’elle porte, ce qu’elle aime.

Tout ça revient un peu à créer des personnages, des personnages à qui mes créations s’adressent, et qui les incarnent en retour. Ceci explique sans doute pourquoi je donne des noms un peu "grandioses" à mes créations, je les considère comme les titres d’un film, le caractère profond de mon personnage.

 

Qu’est-ce qui te fait vibrer dans ton métier ?

Le moment où je vois que le dessin fonctionne sous toutes les coutures, que tout est précis, juste et pensé. Puis vient la concrétisation de l’objet. C’est une forme de révélation et une justification, cette forme a raison d’exister. 

Dans la mesure où je ne fabrique pas moi-même, la découverte des 1ères maquettes est très excitante, il peut y avoir des surprises, des bonnes, des moins bonnes, mais c’est un moment où je comprends ce que j’ai dessiné. Et quand il faut rectifier, j’adore me replonger dans le dessin, chasser les millimètres en trop ou accentuer un angle, pour atteindre l’équilibre de la forme. 

Il y a aussi l’effet que l’objet produit dans les yeux des autres. C’est le grand mystère, je ne sais pas si les gens voient la même chose que moi mais je crois que si, un peu quand même. Ils perçoivent que tous les détails sont pensés et qu’ils sont à leur place. C’est pour moi à la fois embarrassant et exaltant.

 

Comment vois-tu l’avenir de la joaillerie ?

C’est difficile à dire. En termes de style et d’accessibilité, la joaillerie a déjà bien commencé à se renouveler : elle mélange les codes et les genres, la tradition est là, mais les frontières entre le design, l’architecture, l’artisanat d'Art, la sculpture, et l’orfèvrerie sont devenues perméables.

Son avenir est aussi dans les choix que le secteur saura faire sur ses matières premières, leur origine, sur l’encadrement et le contrôle de ceux qui travaillent dans ce secteur, et sur les innovations qui sont en train de bouleverser la tradition joaillière. 

Quant au rapport que quelqu’un entretient avec son bijou, il sera certainement toujours le même, très émotionnel et symbolique et social. Mais peut-être que les dimensions éthique et responsable finiront par participer à l’attachement que l’on a pour son bijou. Un bijou se transmet, et on transmet avec lui des valeurs après tout. C’est déjà le cas pour les bijoux de mariage. Les gens veulent sceller leur engagement à travers un objet qui n’est pas "douteux", dont la matière première est aussi pure et propre que leurs vœux.


L’éthique est au centre de ta démarche (métal tracé, certifié...). On sent que les valeurs d’éco-responsabilité, de protection de l’environnement te tiennent à cœur. Quels sont les petits gestes que tu appliques au quotidien pour protéger la planète ? Peux-tu les partager aux petites qui te lisent ? 

Je fais de mon mieux. J’ai banni la fast fashion, je consomme nettement moins de mode, ou en seconde main, ou responsable.

J’habille quasi intégralement mes enfants en seconde main.
Je consomme très très peu de produits alimentaires transformés, je cuisine beaucoup. J'achète le plus possible de produits frais en circuits courts. J’ai 3 composts. Je chauffe ma maison au minimum. Je circule principalement en vélo (électrique mais bon…) et métro. J'ai la chance de dépendre d’un centre de tri très pointu donc je peux trier beaucoup de mes déchets. Je réutilise tout ce qui peut l’être… Je regrette d’être un peu esclave de mon téléphone, mon travail m’y oblige mais je ne m’en satisfais pas. C’est finalement assez banal, sans doute très bobo parisien, et encore trop peu. Je cherche à m’améliorer dès que je peux.
Mais le citoyen seul ne fera pas de miracles, les politiques ne vont pas assez loin. Je suis inquiète ces derniers temps, entre le dernier rapport du GIEC, les catastrophes sanitaires, les guerres, la dictature des lobbies et du marché de l’énergie, l’avenir n’est pas encore vert.

Pour finir, quelques questions pour mieux te connaitre :

Ta pièce Petite and So What préférée ?

J’adore la marinière Ellen, un essentiel du vestiaire que Julie a revisité juste ce qu’il faut. Mais je louche dernièrement sur Carmen, la nouvelle jupe plissée de Julie.

Ton dernier coup de cœur mode ?

Une immense jupe en cuir vintage.

Ton dernier coup de cœur bijoux ?

Le bracelet en perles plastiques que m’a fait mon fils.

Un message pour les petites qui te lisent ?

Continuons de soutenir les créateurs indépendants qui travaillent dans le bon sens, avec exigence, et qui proposent une alternative à la mode globale. 

Merci beaucoup Michiyo !

 

07 mai, 2022 — Clara Legaillard

Laisser un commentaire

Note : les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés.