Aujourd’hui, je vous présente Justine Rojas, chargée de communication au sein de l’association Jeune & Rose et petite d’1m60.

Touchée par un cancer du sein à seulement 26 ans, Justine a d’abord découvert l’association en tant que patiente, avant de s’engager à son tour auprès des jeunes femmes touchées par la maladie. Elle nous raconte son parcours, sa rencontre avec le collectif et la manière dont elle met aujourd’hui son expérience et son métier au service de la prévention.

« Il ne faut pas rester seule ni avoir peur de toquer à notre porte. Nous sommes là pour ça. »

 

Peux-tu te présenter aux petites qui vont découvrir ton histoire ?

Je m’appelle Justine, j’ai 32 ans et j’habite à Bordeaux, même si je viens de la côte basque. J’ai grandi à Biarritz, près de l’océan. Je suis mariée et je travaille dans la communication pour l’association Jeune & Rose.

Au quotidien, je suis très famille et amis. Je fais également du chant depuis quelques années. J’en faisais déjà dans une chorale lorsque j’étais enfant, puis j’ai repris des cours après mon cancer. Cela m’a permis de faire sortir beaucoup de choses que j’avais en moi et m’a fait énormément de bien.

 

La communication a-t-elle toujours été une évidence pour toi ?

Oui, plutôt. Au lycée, j’ai obtenu un bac STG avec une spécialité en communication, puis j’ai poursuivi avec un BTS Communication. C’est vraiment ce que j’ai toujours voulu faire.

J’ai quitté Biarritz pour m’installer à Bordeaux afin de reprendre mes études et de préparer une licence en communication en alternance. J’avais trouvé mon école et j’ai passé un entretien pour une alternance le jour même de ma biopsie. Tout s’est ensuite mis en pause.

Après mes traitements, j’ai eu envie de retravailler et de reprendre les études pour lesquelles j’étais initialement venue à Bordeaux. À ce moment-là, Jeune & Rose cherchait justement une personne en alternance pour travailler dans la communication. J’ai proposé ma candidature et grâce à l'association, j’ai pu reprendre mes études. Je suis ensuite restée dans l’équipe.

 

Tu as appris que tu avais un cancer du sein à seulement 26 ans. Qu’est-ce qui est particulièrement difficile lorsque la maladie arrive si jeune ?

À ce moment-là, j’avais quitté mon emploi pour reprendre mes études. Je me suis donc retrouvée en arrêt de travail, avec très peu de revenus et sans économies de côté. C’était un peu la double peine : j’étais malade et, en même temps, complètement fauchée. Je venais aussi d’emménager avec mon compagnon depuis seulement quatre mois. Nous apprenions à peine à vivre ensemble lorsque la maladie est arrivée.

Même si mes amis ont été très présents pour moi, un fossé se crée forcément. J’avais l’habitude de sortir et, soudainement, nous ne vivions plus du tout la même chose. Je dis souvent que mes amis se préparaient à aller en club pendant que, moi, je me préparais à aller en chimio.

Nous continuions à nous aimer et à être là les uns pour les autres, mais ils ne pouvaient pas forcément comprendre ce que je vivais. À cet âge-là, ni eux ni moi ne connaissions vraiment le système médical, les traitements ou les difficultés financières qui peuvent accompagner la maladie.

 

Comment as-tu découvert ton cancer ?

Un jour, alors que j’étais dans mon lit, j’ai simplement passé la main sur ma poitrine. J’ai senti quelque chose de dur, qui ne me semblait pas être là auparavant. J’avais pris rendez-vous avec ma gynécologue depuis plusieurs mois et je devais justement la voir deux ou trois semaines plus tard. Je lui en ai immédiatement parlé.

Dans ma famille, nous savions qu’il existait une mutation génétique, BRCA1, qui prédispose notamment au cancer du sein. Ma gynécologue connaissait mes antécédents familiaux. Elle m’a donc prise au sérieux et ne m’a pas simplement répondu que j’étais trop jeune. Je n’étais pas vraiment préparée à recevoir ce diagnostic, mais j’avais toujours gardé dans un coin de ma tête l’idée que cela pouvait m’arriver.

Après une mammographie, une échographie et une biopsie, le diagnostic est tombé. Nous étions en pleine période de Covid et mon compagnon devait m’attendre dans la voiture. J’ai donc appris seule, dans le cabinet du radiologue, que j’avais un cancer du sein. J’étais complètement perdue, mais j’ai eu la chance d’être rapidement orientée vers une oncologue qui m’a très bien accompagnée.

 

Comment as-tu découvert Jeune & Rose ?

Mon oncologue était aussi celle des deux cofondatrices de Jeune & Rose. Lors de notre premier rendez-vous, elle m’a tendu un flyer de l’association en me disant de les appeler, car elles pourraient m’accompagner. Je suis immédiatement allée regarder leur compte Instagram. J’ai trouvé leurs actions très intéressantes, mais j’étais encore tellement perdue dans tout ce qui m’arrivait que je n’ai pas pris contact tout de suite.

Environ trois mois après mon diagnostic, alors que j’étais en pleine chimiothérapie, j’ai reconnu une jeune femme dans les rues de Bordeaux. Je suivais déjà son compte Instagram, sur lequel elle parlait de son cancer du sein. Elle avait à peu près mon âge alors je lui ai envoyé un message et nous nous sommes rencontrées autour d’un verre. Elle faisait partie de Jeune & Rose et m’a invitée à un pique-nique organisé entre jeunes patientes. Cela a été ma véritable porte d’entrée dans le collectif.

 

Quel rôle ces rencontres ont-elles joué dans ton parcours ?

Elles ont énormément compté. Je me suis retrouvée avec des femmes de mon âge qui vivaient la même chose que moi et qui me comprenaient complètement. Certaines étaient très différentes de mes amies habituelles. Sans la maladie, nous ne nous serions peut-être jamais rencontrées, car nous n’avions pas forcément les mêmes centres d’intérêt. Pourtant, le lien s’est créé immédiatement.

Ces femmes sont venues combler une partie du fossé qui s’était installé avec mes amis. Je pouvais parler avec elles de choses que mes proches ne pouvaient pas toujours comprendre ou qu’ils n’étaient pas forcément prêts à entendre. Discuter avec des personnes qui vivent exactement la même chose est vraiment thérapeutique.

 

À quel moment as-tu eu envie de t’engager à ton tour ?

Je ne me suis jamais vraiment posé la question. Cela s’est fait assez naturellement en découvrant les actions de Jeune & Rose.

Le cancer du sein a toujours été présent dans ma vie et dans mon histoire familiale. Ma mère est tombée malade lorsque j’avais huit ans, je n’ai jamais connu ma grand-mère parce qu’elle est décédée d’un cancer du sein et ma tante a également été touchée. Je me suis donc demandé pourquoi je ne m’engagerais pas, pour toutes les femmes de ma famille qui avaient traversé cette épreuve.

 Lorsque je suis tombée malade, j’ai énormément cherché d’informations sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, travailler dans la communication de l’association et sensibiliser à mon tour me permet de transmettre ce qui m’a fait du bien et de rendre une partie de ce que j’ai reçu.

 

Comment présenterais-tu Jeune & Rose ?

Jeune & Rose est un collectif de jeunes patientes touchées par un cancer du sein, généralement entre 20 et 45 ans. L’association porte trois grandes missions :

La première consiste à accompagner les jeunes patientes, à rompre leur isolement et à les soutenir pendant et après la maladie.

La deuxième est une mission de prévention auprès des jeunes, mais aussi des personnes en situation de handicap et des femmes éloignées du système de santé. Nous organisons notamment des ateliers d’apprentissage de l’autopalpation dans les lycées.

Enfin, nous portons la voix des jeunes patientes auprès des professionnels de santé. Nous souhaitons rappeler qu’un cancer du sein peut aussi toucher des femmes jeunes, que leurs symptômes doivent être écoutés et qu’elles ont besoin d’un accompagnement adapté.

À 26 ans, on ne se trouve pas dans la même phase de sa vie qu’une femme de 60 ans. Certaines questions, comme la fertilité ou la maternité, nécessitent une prise en charge particulière.

 

Parmi les projets de l’association, lequel te tient le plus à cœur ?

J’ai un petit penchant pour les actions de sensibilisation menées dans les lycées. Je me dis souvent que j’aurais adoré avoir accès à ces informations plus jeune. Nous abordons le cancer du sein de manière colorée et décomplexée. L’un de nos ateliers s’appelle d’ailleurs « Pouet-Pouet » ! Nous partageons nos parcours et utilisons des bustes en silicone pour apprendre aux élèves à reconnaître différentes anomalies et à pratiquer l’autopalpation.

L’objectif n’est pas de les inquiéter, mais de les encourager à connaître leur corps pour pouvoir repérer un changement inhabituel et consulter. Ces ateliers permettent de créer de vraies discussions, d’impliquer également les garçons et de désexualiser la poitrine. Et pour terminer sur une note plus légère, chacun repart avec un petit sticker à paillettes !

 

Que permet concrètement un don à Jeune & Rose ?

Les dons nous permettent d’accompagner les jeunes femmes touchées par la maladie et d’intervenir gratuitement dans les lycées.

Toutes les rencontres que nous organisons sont gratuites pour les patientes. Nous proposons également chaque mois des visioconférences autour de sujets particuliers, comme la sexualité ou la parentalité.

Nous pouvons aussi apporter une aide très concrète. Lorsqu’une jeune femme nous explique, par exemple, qu’elle doit annoncer sa maladie à ses enfants de quatre et huit ans sans savoir comment s’y prendre, nous prenons le temps de l’appeler et d’échanger avec elle. Nous pouvons ensuite lui envoyer des livres adaptés pour l’aider à en parler avec eux.

Les dons permettent de financer tous ces projets et tous ces outils mis à la disposition des jeunes patientes.

 

Que dirais-tu à une jeune femme qui vient de recevoir son diagnostic ?

Je lui dirais que je sais à quel point c’est difficile. Au moment du diagnostic, il peut être compliqué d’entendre que les choses iront peut-être mieux plus tard. Pourtant, cela peut être le cas.

Je lui conseillerais surtout de ne pas rester seule et de se rapprocher, si elle le peut, d’une association comme Jeune & Rose. Il ne faut pas avoir peur de toquer à notre porte : nous sommes là pour ça.

 

Comment as-tu apprivoisé ton nouveau corps après la maladie ?

La maladie et les traitements ont profondément transformé mon corps. J’ai perdu mes cheveux pendant la chimiothérapie, puis j’ai subi une double mastectomie. Aujourd’hui, je suis à plat d’un côté.

C’est un changement important, car j’avais auparavant une forte poitrine, très présente dans ma silhouette. Mon compagnon m’a énormément aidée à reprendre confiance et à apprivoiser ce nouveau corps. Je ne dirais pas aujourd’hui que je l’aime, mais je vis avec et je ne fais plus de fixation.

Le vêtement a aussi joué un rôle, même si chaque femme vit les choses différemment. Certaines préfèrent se couvrir davantage ou porter une prothèse externe pour retrouver du volume. De mon côté, cela ne me dérange pas de porter un décolleté. J’ai simplement adopté de nouveaux réflexes, comme retenir mon vêtement lorsque je me baisse.

 

Qu’est-ce qui te fait te sentir pleinement toi-même aujourd’hui ?

Simplement vivre ma vie comme je l’entends.

Je dois encore effectuer des contrôles à l’hôpital, mais j’y vais de moins en moins. J’ai pu reprendre mes activités et pratiquer tous les sports que je souhaite sans contre-indication. Ce sont finalement toutes ces petites choses du quotidien qui me permettent d’être moi-même.

Ce ne sera jamais exactement comme avant. Mais en cinq ans, même sans la maladie, ma vie aurait forcément changé. J’ai évolué, je me suis mariée et beaucoup de choses se sont passées dans ma vie personnelle.

La maladie est toujours là, mais elle me donne encore plus envie de vivre et de me battre.

 

Pour finir, quelques questions pour mieux te connaître

Trois objets que l’on trouve toujours dans ton sac ?

Mes lunettes de soleil, mon téléphone et une petite pochette avec quelques affaires à l’intérieur.

Une femme qui t’inspire ?

Toutes les femmes qui se battent pour nos droits et qui portent la voix des femmes. Je les trouve toutes inspirantes.

Et, plus personnellement, ma mère. C’est la femme qui m’inspire le plus.

Une recommandation de lecture ?

La Vie en turquoise, d’Élise Giraudau. Sa petite sœur a été touchée par un cancer des ovaires et elle a écrit ce livre pour raconter son combat et lui rendre hommage. Je l’ai trouvé très touchant.

Ton mantra ?

La vie est belle.

 

Merci Justine !

En savoir plus sur Jeune&Rose.

— Elsa Sarracanie